Adaptation de l’oeuvre originale

J’ai récemment vu quelques bribes d’un anime Batman en anglais qui était sous-titré en français. Je n’ai pas eu la possibilité de voir qui avait réalisé les sous-titres (des pros ou des amateurs) mais le problème reste inchangé peu importe l’origine de la traduction : dans quelle mesure le traducteur peut-il se permettre d’adapter l’oeuvre originale ?

Je me suis posé cette question une nouvelle fois en voyant cet épisode, car dans la scène qui m’a interpellée, Batman était blessé et son ami lui posait une attelle, ce qui a surpris le héros. Il lui dit donc « Where did you learn how to do that ? » qui fut traduit par « Où as-tu appris à poser une attelle ? » Pour ma part, j’aurais plutôt traduit par « Où as-tu appris à faire ça ? »

Je pars du principe que la personne qui a réalisé les dialogues a soigneusement choisi ses mots. Si elle avait voulu que le personnage dise « poser une attelle », elle aurait écrit « poser une attelle » dans le script, pas « faire ça ». Il en va de même qu’il s’agisse d’une série, d’un film, d’un livre, d’une recette, de n’importe quoi en fait. Quand on écrit, on choisit un mot plutôt qu’un autre, je ne vois pas pourquoi le traducteur devrait aller chercher midi à quatorze heures lorsque la traduction peut s’effectuer simplement (presque littéralement dans l’exemple cité).

Après, il y a ceux qui considèrent que leur rôle en tant que traducteur est aussi de fluidifier le résultat final, quitte à changer des mots qui ne posaient pas de problème particulier en terme de traduction à proprement parler. Je trouve cela dommage, et même irrespectueux envers l’oeuvre originale et son créateur. Si on veut écrire à sa façon, il faut devenir auteur, pas traducteur.

Bien entendu tout ce que je viens de dire ne s’applique que si l’adaptation n’est pas nécessaire. Dans certains cas (et ils sont nombreux), l’adaptation est une étape incontournable. On peut prendre l’exemple dont parle Ma Voisine Millionnaire sur son blog : si on traduit une oeuvre truffée de références culturelles dont l’équivalent français n’est pas la traduction littérale du terme en anglais, alors on n’a pas le choix, il faut adapter.

De même si la phrase ne peut pas garder la même syntaxe, s’il faut changer l’ordre des mots pour ne pas avoir une phrase bancale en français, alors bien entendu l’adaptation est la seule solution. On peut trouver beaucoup d’autres cas où l’adaptation est incontournable.

Mais lorsqu’une traduction quasi littérale peut être faite, pourquoi s’éloigner autant de l’original pour poser ses propres mots sur une oeuvre qui n’est pas la nôtre à la base ?

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Comment gérer un projet de traduction

Je me pose de nombreuses questions sur le métier de traducteur indépendant, et parmi elles, la suivante : comment gère-t-on un projet de traduction de A à Z ? Le livre Comment gérer vos projets de traduction de Nancy Matis (aux éditions EdiPro) m’a apporté des éléments de réponse sur ce point-là. (Livre qui est maintenant disponible en version anglaise, pour celles et ceux qui préfèrent lire dans la langue de Shakespeare.)

On y trouve une description exacte de tous les types de projets que l’on peut avoir à traiter : documentation, logiciel, multimédia, web… On a aussi droit à une liste des étapes linguistiques (création de glossaire, traduction, révision) mais aussi des étapes techniques auxquelles on n’échappe pas forcément (mise en page, localisation d’images, compilation du logiciel localisé…).

Mais pour moi, la partie la plus importante vient après, lorsque l’auteur explique concrètement comment analyser le projet, établir un devis adéquat puis un bon de commande. Ensuite vient le travail de traduction en lui-même, avec les tâches qui l’accompagnent : les rapports périodiques sur l’avancement et le suivi financier. Et après avoir finalisé le travail et livré les fichiers, il s’agit encore d’établir la facturation et d’archiver ses données.

Au final, la traduction est le coeur du métier, mais si l’on s’arrêtait à cela, il n’y aurait pas de projets de traduction… J’aime cette façon de travailler : il faut être compétent dans son domaine, tout en faisant preuve de polyvalence.